Quand la poésie invite le monde à Rabat

Quand la poésie invite le monde à Rabat

Photo : Leila El Harim

En ce dimanche 26 avril, Café Media Luna a ouvert ses portes à une rencontre littéraire et poétique sous le slogan : La poésie dans les langues du monde. Un événement qui s’inscrit pleinement dans le programme de “Rabat Capitale mondiale du livre 2026”.

C’est dans le cadre chaleureux du Café Media Luna, niché au cœur de Rabat, que le Réseau des Cafés culturels au Maroc a tenu l’un de ses rendez-vous littéraires. Une initiative qui n’est pas née de la dernière pluie : fondé en 2015, le Réseau fédère aujourd’hui 35 cafés culturels à travers le pays et œuvre depuis onze ans à faire du café un espace de pensée autant que de convivialité. Son président, Noureddine Aqchani, en résume l’objectif : « transformer les cafés, trop souvent réduits à des lieux de papotage et de mots croisés, en véritables espaces de culture. »

La scène a accueilli des voix venues d’horizons différents, mais animées d’une même conviction. Le professeur Lekbir Al Ghazi, poète et écrivain originaire de Meknès, a livré trois poèmes en langue amazighe, portant avec lui une vision de Rabat comme berceau et ville maritime, ouverte sur le monde. Pour lui, la poésie transcende le verbe : « La poésie est au-delà des mots, c’est une émotion. L’art est une langue universelle. » 

Le professeur Abdelhakim Al Omrani, lui, a fait résonner l’arabe classique avec des textes puissants comme Qasida Ad-Dahr, Ar-Raj’a ainsi qu’un poème d’une tendresse sobre dédié à son père. 

Mina Ashaqi a quant à elle assuré une lecture en français, offrant au public un troisième prisme linguistique. 

Entre les prises de parole, le oud de Rachid venait tisser des ponts, substituant par instants le langage des notes à celui des mots, rappelant que toute grande poésie est aussi musique.

Dans la salle, Ali, professeur d’arabe, faisait partie des spectateurs visiblement touchés par la rencontre. Passionné par la poésie et par les liens qui unissent l’arabe et l’amazigh, il voit dans ces événements bien plus qu’un simple divertissement culturel. « Ce sont des espaces d’ouverture et d’apprentissage », confie-t-il, avant d’encourager chaleureusement les jeunes et les étudiants à venir vivre ces moments à leur tour.

La soirée s’est conclue sur une intervention de Driss Jetti, vice-président du Réseau des Cafés culturels du Maroc, qui a salué l’élan impulsé par Rabat Capitale Mondiale du Livre. Tout en reconnaissant la valeur symbolique et réelle du livre, il a tenu à poser une question plus exigeante : celle des moyens. « Le livre est essentiel, mais il ne peut prospérer sans politiques publiques de soutien », a-t-il affirmé, insistant sur le fait que la promotion de la culture écrite ne saurait reposer sur le seul volontariat associatif. Ministère et société civile, selon lui, ont une responsabilité commune et collective. 

Un message qui, dans le contexte d’une année placée sous le signe mondial du livre, traduit une volonté partagée de faire de Rabat bien plus qu’une capitale : une ville qui croit, profondément, en la force du livre.

Leila El Harim – Rabat, le 26 avril 2026